Les mutations socio-économiques se déclinent en contraintes logistiques

La filière logistique connaît depuis son émergence des évolutions importantes : de la simple prestation de transport physique et de distribution des produits dans les années 1970-80, elle a évolué vers un pilotage des flux globaux de l’entreprise (années 1980) puis à une optimisation de l’ensemble de la chaîne logistique (notion de « supply chain management »).

Les nouveaux modèles économiques, tels que l'économie circulaire, ou bien encore la mutation de l'outil commercial, vont modifier ce qui est attendu de la logistique. Les nouvelles exigences sociétales dans les pays industrialisés doivent aussi être prises en compte : éthique, sécurité et sûreté ainsi que protection accrue de l'environnement.

Pour les acteurs de la filière, ces changements présentent à la fois une menace (complexification, concurrence) et une opportunité (ouverture de nouveaux champs d’activités, expertise valorisée).Toutes ces évolutions s’appuient sur la révolution numérique. Elles nécessitent de collecter des données très précises, que ce soit en ma ère de pratiques de consommation, de suivi des biens et produits (inventaires, transports aller ou retour, voire même durant la détention par le client) ou des personnes (traçage du livreur).

L'émergence de nouvelles manières de produire et de consommer fait évoluer la logistique

L’avènement de la société digitale, conjuguée à la prise de conscience de la finitude des ressources naturelles, aboutit au déploiement accéléré de nouveaux modèles économiques bouleversant les chaines de valeur existantes.

Ces nouvelles manières d’être et de faire ne manqueront pas d’avoir un impact sur les schémas logistiques, qui viennent toujours en support des échanges.

Recyclage : une nécessaire montée en puissance

L'efficacité du recyclage dépend en grande partie de la conception du produit et du choix des matériaux le composant, ce qui dépasse le cadre de la logistique au sens strict. Mais la France accuse du retard dans la collecte et le traitement des déchets alors même que se profile une augmentation des variétés et volumes de déchets recyclables. Ces déchets constituant une matière première, leur collecte peut aussi acquérir une nouvelle dimension en étant intégrée directement dans les supply chains des industriels.

Réusinage ou remanufacturing

L'un des moyens permettant d'économiser les matières premières et l'énergie est le remanufacturing : un objet « éco conçu »peut être démonté et ses pièces remplacées ou réutilisées. Cela implique de tracer non seulement l'objet mais également tous ses composants, voire de réorganiser la chaine industrielle en incluant les flux retours.

Économie circulaire

Dans une économie circulaire, les flux de transport de matières premières et de produits finis sur de longues distances pourraient être amenés à diminuer au profit d’une logistique de proximité, plus fine et à plus haute fréquence (d’où, d’un point de vue global, un risque de déséconomie d’échelle à compenser tout au long de la chaine). Une économie circulaire peut aussi conduire à un rééquilibrage des flux logistiques des villes, qui seraient non plus seulement bassins de consommation mais aussi sources de matières secondaires.

Économie de la fonctionnalité : une logistique urbaine plus intense et revalorisée

L’économie de la fonctionnalité se définit comme la vente d’un service plutôt que celle d’un objet physique : l’usage prime sur la propriété. Pour généraliser ce modèle, le développement d’une logistique performante et hyper-réactive est indispensable. La mise à disposition d’un objet, ses retours à la base pour réparation et son retour définitif après utilisation font partie intégrante du service. Cela implique pour l’entreprise une visibilité précise sur les stocks en entrepôt, en magasins, mais également sur le bien qui est « stocké » chez l’utilisateur avant sa réintégration dans les boucles de l’économie. L’économie de la fonctionnalité inclut aussi la vente ou mise à disposition d’objets entre particuliers ; point qui nécessite une logistique adaptée.

L'économie collaborative

Sur le modèle d’Uber ou Airbnb mais aussi de Deliveroo, l’économie dite collaborative met en contact des particuliers proposant/demandant certains biens ou services. Ces initiatives sont facilitées par la diffusion massive des technologies de l’information et de la communication (TIC) et de leurs outils. La consommation collaborative induit des nouveaux flux de particuliers à particulier(C2C). En dehors d’acteurs majeurs gérant en interne les flux (Amazon), la logistique C2C reste perfectible, notamment dans le cas des dynamiques de troc, voire de dons, en développement.

Crowd-logistics / livraisons instantanées

Le recours à la foule (crowd) représente à la fois une menace pour l’industrie logistique(concurrence déloyale) mais également une source d’opportunités (potentialité d’externalisation d’une partie des activités afin d’optimiser les coûts et gagner en flexibilité). Cette tendance s’est manifestée avec des modèles très variés, se positionnant sur le stockage, la préparation et l’envoi de colis, les trajets interurbains ou internationaux,ou la livraison urbaine. L’offre de services est abondante mais instable. Les livraisons instantanées questionnent aussi : gestion du trafic, sécurité routière, conditions de travail et de rémunération des coursiers.

La logistique doit aussi innover pour répondre à l'évolution de la distribution

De l’e-commerce à l’omnicanal : Si l’e-commerce continue de croître, les projections prévoient un futur de plus en plus omnicanal, c’est-à-dire un parcours client « sans-couture » où la récolte d’informations, l’acte d’achat, le retour et le service après-vente se font de manière indifférenciée entre les canaux (magasin physique, borne connectée, via internet, sur mobile, via réseaux sociaux, ou via des objets connectés).

En termes logistiques, cela veut dire :

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Besoin d'un système de management des stocks totalement intégré, avec une vision transversale de l'inventaire magasin/entrepôt, traité comme un stock unique pouvantalimenter tous les canaux.

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Recours à plus de mécanisation, automatisation et robotisation des entrepôts pour améliorer la réactivité à des commandes de plus en plus fractionnée.

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Capacité du magasin à servir de base de picking.

Anticiper la demande jusqu'à automatiser la commande ?

Les algorithmes développés à partir du Big Data (exploitation des données massives) permettent aujourd’hui de cibler les publicités proposées aux internautes. Potentiellement, demain, ils serviront de commencer à préparer, voire expédier les marchandises avant que celles-ci ne soient encore commandées par les clients.L’internet des objets (IoT, collecte et échange de données entre objets connectés) ouvre aussi de nouveaux champs à la commande simplifiée ou automatisée, sans intervention humaine.

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